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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 15:44
L'architecture chinoise vous semble peut-être très figée, avec une évolution de styles bien peu marquée, comparée à l'architecture française ou européenne. Je vais vous démontrer qu'il n'en est rien et que ce que nous appelons chinois vient pour beaucoup de choses d'une influance étrangère.

C'est le cas de ce qui pour vous tous définit par excellence l'architecture chinoise : la pagode!

Pagodes en bois à multi-étages, constructions "modernes", à Guilin au Guangxi.

Introduction

La pagode, au départ, est un monument bouddhiste. Ce monument se trouve donc principalement dans un temple, mais aujourd'hui il arrive que le temple n'est pas survêcu au temps, alors que la pagode soit toujours debout... C'est le cas d'un bon nombre des pagodes de Pékin par exemple.

La pagode, tout comme le bouddhisme, vient de l'Inde. Importée en Chine vers le début de notre ère, son plus vieux spécimen connu dans l'Empire du Milieu fut semble-t-il la pagode construite au temple du Cheval Blanc (白马寺 Baima Si) dans la périphérie de Luoyang, alors capitale de l'Empire chinois des Han de l'Est.


Etymologie :
Le mot "pagode" viendrait du sanskrit, transmis aux langues européennes via la présence portugaise en Inde. L'autre mot aussi utilisé est "stupa", venu aussi du sanskrit. Dans le deux cas, il évoque une tombe. Au départ les stupas servaient à concerver les reliques de Sakyamuni, le Bouddha historique.
La légende veut qu'après l'incinération de son corps, ses diciples découvrir dans les cendres du buchet ses restes cristallisés. Ils furent baptisés "sarira", ce que l'on peut aussi traduire par reliques bouddhiques. Les disciples les recueillirent et les conservèrent avec dévotion...


L'arrivée du Bouddhisme en Chine :
Selon la légende, l'arrivée du bouddhisme en Chine remonte au règne de l'empereur Mingdi (58-75 de notre ère). Dans un rêve, le fils du ciel vit un homme en or, d'au moins trois mètres de haut, survoler son palais de Luoyang. Le lendemain, au conseil des ministres, il leur demanda d'interpréter son rêve. Le plus intelligent, un certain Fu Yi, fit le recoupement avec le Dieu d'or nommé Bouddha que certains peuples vénéraient à l'Ouest.
L'empereur dépêcha donc trois de ses mandarins en ambassadeurs en Inde. Sur place ils rencontrèrent deux grands maîtres (connus en Chine sous les noms de Niemoteng et Zhufalan) bouddhistes qui leurs offrir des sutra et une statue du Bouddha. Mais les émissaires invitèrent les deux maîtres à venir en Chine enseigner leur foi.
Enfin pour leur faire honneur, l'empereur Mingdi leur fit construire un temple tout près de sa capitale... La légende dit encore que le temple fut érigé exactement là où le fier destrier blanc qui portait les sutra s'arrêta, ce qui donna son nom au temple.

Ce temple existe toujours dans la banlieue Est de Luoyang, mais les batiments que l'on peut admirer datent, pour les plus anciens, de la dynastie Jin...


Sinisation du terme Pagode :
Le mot chinois qui définit la "pagode" mis un certain temps à être fixé. Pour vous expliquer, l'architecture chinois ne possèdait alors aucun monument aussi élevé, imposant, important... Rien n'existait en réalité et dans la langue pour appeler une telle chose, il fallut donc créer un caractère spécialement pour définir cet édifice.

Dans un premier temps, on chercha à traduire le mot sanskrit et on obtint plus d'une vingtaine de versions possibles! Les plus couramment utilisées furent "fotu" et "futu" qui décrivaient la doctrine bouddhiste que ses maîtres... Le nom se propagea donc à l'édifice en hauteur qu'ils fréquentaient.

La traduction des sutra du sanskrit au chinois fut réalisé réellement qu'entre le 5eme et 6eme siècle de notre ère, sous la dynastie Jin puis celles du Sud et du Nord. C'est à Ge Hong, l'auteur du Ziyuan (essai sur les caractères chinois) et contemporain de la dynastie  des Jin de l'Est (317-420), que l'on du l'invention du mot chinois qui de nos jours encore donne son nom aux pagodes : Ta 塔.

Ta 塔, c'est aussi la transcription de Bouddha en chinois. La "clé" située à gauche du caractère évoque le sol, la terre (土) et laisse supposer le sens de "tombe". Ce terme convient donc bien mieux, puisqu'une pagode renferme des reliques...


La Pagode venue d'Inde :
En Inde, on rencontrait alors deux sortes de pagodes. Celles nommées "stupa" servaient en général de tombes pour les reliques bouddhiques, ou sarira. Quant à celles que l'on califiait de temple ou appelées "Caitya" (mot sanskrit), elles faisaient office de mausolée, le plus souvent vides. Dès leur introduction en Chine, les pagodes à reliques et les pagodes mausolées évoluèrent très rapidement, de manière à ce que leur style se sinise et s'intègre à la culture traditionnelle chinoise.


L'usage détourné des pagodes :
La pagode a pour usage, maintenant vous le savez, de conserver des reliques bouddhiques ou de commémorer la mémoire d'un saint homme bouddhiste.
Mais tout au long des deux millénaires de sa présence en Chine, nombreuses furent les utilisations détournées. De ce fait les stèles (installées toujours aux côtés d'un monument au moment de sa construction ou de sa réfaction en Chine) et les récits historiques nous rapportent 5 usages non-bouddhistes.
 
Le premier est issu de l'amour des chinois pour la nature et les paysages (shanshui), de cette mode qui s'instaura chez les lettrés des Tang et des Song de monter en hauteur pour admirer la vue... Quelques poèmes de Li Po et Meng Hao-ran comme "Au pavillon de la Grue Jaune".

Avant l'arrivée de la pagode en Chine, les batiments haut existaient... il s'agissait de palais (maisons de personnes importantes) et les tours de guet. Seulement ces deux cas n'étaient pas aussi hauts que les pagodes pouvaient l'être. C'est ainsi que la pagode de Dingzhou, au Hebei, devint un point d'observation militaire sous couvert d'être officiellement un lieu religieux.

Autre cas, les pagodes en tant que point élevé et repérable servirent de repères à la navigation fluviale et maritime. La construction des pagodes à l'entrée des ports ou sur le bord des fleuves avaient ainsi le double effet de protéger les marins en attirant les bénédictions célestes et le regard des hommes.

L'avant dernier détournement fut et est encore l'un des plus courants... Dans les parcs et jardins, jusqu'en Occident, les pagodes eurent souvent un but décoratif. De plus certaines pagodes sont devenues à travers les siècles des emblèmes de leur ville, district, province... C'est le cas de la pagode de la Grande Oie Sauvage de Xi'an ou bien de celle en bois de Yingxian tout près de Datong au Shanxi.

Enfin, le dernier usage quelque peu non-bouddhique est rare mais bien réel, et peut être rencontré à Pékin entre autre. Certaines pagodes furent érigées dans le cadre du taoïsme. Etrange mais pourtant logique, puisqu'il s'agit de  monuments funéraires construits à la mémoire d'un saint homme.
L'architecture bouddhisme fut assez facilement transplanté à celle taoiste, sans grande variation. A l'heure actuelle, la seule que je connaisse se trouve à Pékin dans le temple taoiste des nuages blancs (Baiyunguan).


Les différents styles de la Pagode chinoise :
Au travers des siècles et des nombreuses constructions, en brique, en bois ou en pierre, la Pagode chinoise a changée de son modèle indien.
Classer les pagodes en style ne fut pas une chose aisée pour les sinologues modernes, de part les plans de construction très divers que l'on peut croiser (carrés, circulaire, hexagonaux, octogonaux ou dodécagonaux), les hauteurs variées (un, trois, cinq, sept, neuf... de quelques centimètres à des dizaines de mètres!) ou les matériaux utilisés (bois, brique, pierre, bor, argent, fer, bronze, fonte ou céramique vernissée...).

La classification officielle (de Luo Zhewen) se fait selon leur plastique et la forme structurelle où l'on compte actuellement 9 sortes, mais la variété de 2 millénaires de construction fait qu'il est toujours difficile de tout faire entrer dans les tiroirs et qu'il en existe encore d'autres, les inclassables!

Les styles principaux sont :
-Pagodes à multi-étages
-Pagodes à multi-avant-toits
-Pagodes pavillons
-Pagodes ornementales
-Pagodes lamaïstes ou dites en forme de "bol" retourné
-Pagodes sur pont ou sur portique (enjambant des passages, des rues)
-Pagodes boîtes (pour sutra)
-Pagodes inclassables
-Forêts de stupas


Voila pour une première partie, je vous laisse le temps de respirer et comprendre tout cela. La prochaine fois il va de soit que je vous parlerai des styles de pagodes dans le détail pour mieux vous faire comprendre les variations, accompagnés de quelques illustrations venues de mes photos ^__-


Have Fun!
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Published by Chen Jie - dans Arts Chinois
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commentaires

Lunalithe 06/04/2008 14:21

Waouh! Quel article complet! Et tu veux encore en rajouter?! C'est du perfectionnisme ça! Et l'amour du travail bien fait aussi ^^ Bravo et merci Chen Jie, j'ai encore appris plein de choses!

Chen Jie 06/04/2008 14:37


Ce n'est qu'une introduction ^__-
Il y aura une suite oui...


monique bluesy 05/04/2008 20:50

très intéressant, cet article !!!! j'ai vu la pagode de la petite oie sauvage à Xian

Chen Jie 05/04/2008 22:35


Et pas la pagode de la grande oie??!


Handi@dy :0016: manif du 29 à Paris: la suite des actions en régions! 05/04/2008 20:13

Purée, c'est vachement technique! Super intéressant. C'est une des choses qui représente le mieux la Chine dans l'imagerie mentale occidentale. Il doit être bon de vivre sur un niveau tout rond! J'aime bien!
BIZ chère CHEN!
PS: A la manif NIPAUVRENISOUMIS, ma bénévole était Chinoise, je lui ai dit que je lui enverrai le lien vers ton blog dès qu'elle me maile!

Chen Jie 05/04/2008 22:36


Bonsoir et merci de ton passage ma belle @dy :0010:


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