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21 juin 2008 6 21 /06 /juin /2008 22:10
Le Siheyuan (四合院) est la demeure traditionnelle du Nord de la Chine et par essence même celle de Pékin. La plus simple définition serait qu'il s'agit d'un groude de pavillons organisés autour d'une cour carrée. Seulement le Siheyuan, ce n'est pas que ça!

Jardin du Palais du Prince Gong.21

Historique d'un mode de vie en perdition :

Pendant longtemps, Pékin ne fut qu'une ville plate, aux hutong tortueuses peuplées de siheyuan. Aujourd'hui, avec l'avancée de la modernisation et l'augmentation de la population, certains Hutong sont rasés pour faire place à des tours. Pour autant, le siheyuan n'a pas encore totalement déserté la capitale...

Dans le centre historique, les vieux Hutong suivent le même chemin que ceux des périphéries : la voie du buldoser. Mais là où les choses changent, c'est qu'ils sont reconstruit... en ciment et béton!
Car ce qui fut autrefois le mode de vie de tous les pékinois devient aujourd'hui un luxe : avoir de l'espace, un petit jardin, une coure et plusieurs batiments répartis autour.

On estime l'apparition de l'architecture du Siheyuan à la fin de la dynastie des Yuan (mongoles) et début des Ming, lorsque Pékin, plaine quasiment déserte jusque là, se transforma en capitale d'Empire. Comme déjà expliqué pour les Hutong, Pékin est un lieu bien singulier pour en faire une ville, encore plus une capitale.

Située en plein milieu d'une plaine, bordée de petits montagnes à l'Ouest et au Nord, la région est désespérement sèche en hiver. Les lieux deviennent alors un cirque gigantesque pour ballet de bourraques de poussières.
Les ruelles tortueuses qui se dessinèrent n'avaient que pour but de se protéger de ces vents froids et sablonneux venus du Nord-Ouest.

Mais à la belle saison, dès le mois de mai, Pékin se retrouve envahi par la chaleur et l'humidité. Des pluies diluviennent peuvent s'abattre en quelques heures. En trois à quatres mois de pluie, Pékin reçoit autant que Paris en un an.

Pour échapper à l'étouffant été pékinois, comme pour résister au rigoureux hiver qui le précède, les maisons s'organisèrent autour d'une cour verdoyante pouvant apporter fraicheur et ombre aussi bien que protection et conservation de la chaleur. Le Siheyuan était né...


Organisation du Siheyuan :

Le siheyuan, comme normalement une grande quatité de constructions chinoises, se conforme aux règles ancestrales du Fengshui, au moins sur le papier... Il va de soit qu'entre la disposition de la maison parfaite et toutes celles qui peuplaient Pékin, il y a toujours eu de larges variations.

-Première chose, l'exposition idéale d'un Siheyuan se doit d'être Nord-Sud. Puis un mur d'enceinte cloture le groupe de batiments, isolant la famille du monde de la rue, des vents, des regards...

-La porte principale se trouve dans l'angle Sud-Est du mur d'enceinte et donne accès à une première cour, sorte de couloir, qui de l'extérieur ne permet pas de voir l'intégralité de la demeure (et deviner si son occupant est riche ou pauvre).

-Contre le mur Sud se trouvent souvent les cuisines de la maison, voir si la demeure est grande et riche, les communs pour le personnel. Au Nord de ce corridor une seconde porte est percée, donnant accès à la cour d'habitation familiale.

-Généralement derrière cette porte on rencontre un Yinbi, le mur écran cachant la vue et surtout protégeant des mauvais esprits (qui comme chacun le sait... avancent toujours tout droit!).

-Passée la porte au mur écran, on entre dans la cour proprement dite.
Autour d'une forme plus ou moins carrée, plus ou moins large et plus un moins plantée, se distribue trois batiments. Au Nord, ses ouvertures dirigées vers le Sud, il s'agit du batiment principal destiné au chef de famille. Les pavillons de côté sont quand à eux destinés aux jeunes générations où membres de classe inférieure de la famille.

Dans le cas d'une famille plus riche, il est possible que plusieurs cours se succèdent. La dernière cour restera toujours celle réservée aux membres les plus importants. Le batiment se situant à la jonction de deux cours deviendra alors une salle commune pour les réunions de famille, les repas...

Plan de la demeure de Song Qingling.


L'âme de la vie pékinoise :

Le Siheyuan, c'est l'essence même de la vie pékinoise, comme la vie des petits quartiers populaires de Paris! Au cours du 20eme siècle, le Siheyuan est souvent devenu une habitation collective, un centre d'échanges et d'entre-aide entre personnes vivants les unes à côtés des autres.

Lorsque l'on ne possède pas tous de salle de bain, de toilettes, de télévision, de réchaud pour la cuisine, on va demander aux voisins qui très vites deviennent des amis, une famille.

Pour les chinois, et les pékinois en particulier, il n'y a pas d'état d'âme à avoir de "profiter" des autres, car tout ce que l'on vous donne, c'est pour le rendre un jour ou l'autre en retour! Ce n'est pas profiter, c'est partager.
Ainsi aux époques sombres et difficiles où pour obtenir un billet de train pour aller voir sa famille dépendait de son lieu de naissance, de lieu de résidence, de son lieu de travail etc, avoir de bonnes "relations" avec une voisine dont la fille travaillait aux chemins de fer, c'était toujours utile!!

Mais la modernité, l'ouverture de la Chine et les nouvelles libertés offertent aux chinois font que l'individualisme gagne du chemin sur la générosité familiale qui existait dans de tels quartiers de petites maisons. L'avancé des buldosers et la destruction de ces vieux logements accentuent le déchirement des citadins et la séparation de voisins qui formaient autrefois une vraie famille des Hutong.
De ce fait, les rares Siheyuan encore en bon état et bien situés deviennent des résidences pour cadres politiques. Les plus beaux hutong de la capitale sont de plus en plus fréquentés par les Audi et les Mercédes mais désertés par les vélos!!


Revers de médaille :

Pour autant, n'allez pas croire que la vie dans les Siheyuan soient toujours des plus charmants et confortables.

Herritage de la révolution des classes imposée par le communisme mais aussi du manque de logements pour une population citadine en constante augmentation, ce qui fut autrefois la demeure d'une seule famille devient sub-divisé pour loger trois ou quatre familles, des grand-parents aux petits-enfants!

Combustible peu cher, la briquette de poussiers de charbon est encore le combustible le plus utilisé pour se chauffer et cuisiner, résultat extrêmement polueur.
Maisons d'un autre âge et sur-populaition font que les sanitaires ne sont pas toujours inclus dans les murs! Les salles de bain et les toilettes sont donc fournies par la municipalité dans des petits établissement publics de quartier, à la limite de l'insalubrité. L'électricité est souvent sommaire, quand plusieurs familles ne partagent pas un compteur (à carte!).
L'espace devient extrêmement réduit, limité quand ils ne vivent pas à plusieurs dans un réduit de 6 m².

Gros détail, dans les Hutong on ne trouve pas que des Siheyuan!!
Les Siheyuan sont des demeures organisées, malheureusement suites aux bombardements de la guerre et à l'avancée démographique toutes les constructions des Hutong ne sont pas de qualités, correctement pensées et même entretenues.

Venu certainement de la collectivisation de ces 60 dernières années, le manque d'entretient se trouve être souvent responsable de la nécessité de démolir (au delà de la fièvre immobilière pékinoise!). Murs humides, portes vermoulues, gonds rouillés, carreaux cassés, poutres et toits flanchards, les habitants ne sont pas les propriétaires (depuis longtemps expulsés, voir exilés à Taiwan, aux USA, à Hong Kong pour certains...), l'Etat n'entretient pas alors tout part en décrépitude.
L'absence de tout à l'égout dans certaines maisons provoquent des ruissellement le long des murs en brique, des rigoles dans les ruelles et des odeurs particulièrement délicates d'eaux croupies. Il va de soi que pour un pays, une ville, une capitale qui envisage d'accueillir les JO, il fallait gommer les points les plus choquants.


Hutong recherchés... morts!

Tout le monde le sait maintenant, les Siheyuan, et autres habitations pékinoises d'un seul étage, sont en voie de perdition de part la destruction des Hutong.
Les plus menacés et les plus beaux se situent généralement dans le centre historique de Pékin.
Comme en toute ville, le centre historique est souvent un terrain qui peut valloir très cher!
Les spéculations immobilières ont accentué la donne du courant démolisseur. Ainsi on fait souvent place nette de vieilles demeures pour reconstruire des grandes tours de verre qui abriteront bureaux, centres commerciaux hi-tech et luxueux en plein coeur de la capitale de la future plus grande puissance mondiale!
La raison de tout ça? Mais le chinois a toujours aimé l'argent, pas besoin de chercher plus loin. Après on peut aussi ajouté que les gros sous endorment facilement tous les regrets que l'on pourrait avoir.

Pour autant, tous les Hutong ne sont pas encore morts, voir même préservés!!
A grands coups de buldozers puis de ciment et béton, certains quartiers devenus véstustes et loin des normes modernes de sécurité sont démolis puis reconstruits avec les matériaux d'aujourd'hui.

Mais dans ces nouveaux quartiers au style chinois stéréotypés sur la grande rue touristique de Pékin (Liulichang), on oublie souvent de vieilles maisons d'une époque que les chinois veulent à tout pris effacée jusqu'aux derniers vestiges : la présence occidentale dans leur pays avant 1949!!
Alors les batiments aux façades françaises, italiennes, anglaises, portugaises, néo-classiques américaines et hollandaises disparaissent pour afficher l'unité idéale et formatée du style Ming.


Musées

Par chance, quelques belles demeures se visitent et ouvrent leurs merveilles aux yeux curieux!

La résidence de Song Qingling
Parmis les quelques belles demeures à visiter dans la vieille capitale, il en est une dont l'histoire de la famille qui y vêcu s'inscrivit on ne peut plus dans l'Histoire moderne de la Chine.
Les Song, originalement famille de banquiers, vit au vingtième siècle deux de ses filles embrasser des causes politiques via leur mariage.
Song Qingling fut madame Sun Yatsen, quand sa cadette Song Meiling devient madame Tchang Kai Tchek...

Les murs de ce petit palais furent aussi, avant l'instalation de Song Qingling, une partie du palais du père et grand-père de Puyi le dernier empereur.
Il en reste une demeure magnifique et des jardins envoutants!
Pour s'y rendre : 46, Houhai beiyan, Quartier Xicheng - Bus n°5 et 55.


Le palais du Prince Gong
Gongwangfu est un petit Eden au milieu d'une ville bourdonnante. Sur un espace pourtant réduit, voici pavillons et jardins successifs qui emportent les visiteurs loin de notre époque.
Malheureusement pour l'histoire, l'ancien propriétaire des lieux fut un personnage peu apprécié par le peuple, conseillé de Cixi il est souvent encore considéré responsable de la honte nationale de l'occupation occidentale sur le sol chinois de par sa place de négociateur après le sac du Palais d'été en 1860.
Pour s'y rendre : Gong Wang fu, 17 Qianhai Xijie, Quartier Xicheng - Bus n°13.


La résidence de Mei Lanfang

Peu d'occidentaux doivent connaître le grand personnage que fut Mei Lanfang, pour autant il fut une des idoles chinoises des années 20 aux années 50!
Acteur de l'Opéra de Pékin, il jouait principalement les rôles féminins, personnifiant sur scène la douceur et la délicatesse.
Il vêcu dans ce beau Siheyuan à partir de 1949 jusqu'à sa mort en 1961. Meublé dans le plus pur style classique chinois, les lieux témoignent encore du merveilleux goût artistique de cet homme aussi peintre et musicien.
Pour s'y rendre : 9, Huguosi jie, Quartier Xicheng - Bus n°22, 55 et 107.


Hotels

Alors, dans cette fièvre hutonguienne, depuis quelques années les Siheyuan refleurissent aussi... en Hotels de charmes pour occidentaux lassés par les grands hotels internationaux.
Dans cet esprits, je vous conseille deux adresses renommées :

Le Bamboo Garden (Zhuyuan) Hotel Resort, au 24 Xiaoshiqiao Hutong, Quartier Xicheng, Beijing (tel :0086 64032229), est l'ancien palais d'un officier de la dynastie Qing. Situé en plein milieu d'un quartier de Hutong préservé et non loin du lac Houhai.

Le Lüsong yuan Hotel, au 22 Banchang Hutong, Quartier Dongcheng (tel :0086 64040436), est aussi une vaste demeure familiale. L'hotel est de classe supérieure au Bamboo Garden, les prix aussi. Il se situe au Nord-Est du parc Beihai et idéalement placé au calme dans une ruelle en plein coeur de la vieille ville.


Bonne promenade et Have fun!!

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Published by Chen Jie - dans Arts Chinois
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commentaires

Charlotte 24/06/2008 13:48

et bien en tout cas ça change de la france et des états unis

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