
Vous connaissez forcément tous
l'expression "rester
Zen", tout comme vous devez avoir quelques notions ce qu'est la secte
Zen dans le bouddhisme japonais. Mais voila, le mouvement Zen est venu de
l'Empire du Milieu où il porte le nom de
Chan depuis sa création, entre le Ve et VIIIe siècle de notre ère.
Chan, tout comme
Zen, se trouve être la traduction littérale du mot sanskri
Dhyana. Sa signification est "
contempler en silence".
Mise en garde :
Contrairement à notre idée "négative" en Occident du mot secte, il s'agit bien ici de l'appelation la plus courante donnée aux différents (et nombreux) courants éxistant à l'intérieur de la
religion Bouddhiste (parfois elle-même considérée comme une secte de l'Hindouisme...).
La naissance d'une secte :
Le
Chan fut introduit en Chine depuis l'Inde, comme le Bouddhisme originel. Son initiateur,
Bodhidharma traversa la Chine à l'époque des Wei du Nord (règne de
Xuanwudi) et y enseigna sa pensée, le
Dhyana, commençant du Sud et montant vers le Nord.
La secte
Chan se construisit sous l'égide des patriarches qui prirent la suite de Bodhidharma et forgèrent l'école Lanka (楞伽宗).
Les patriarches les plus célèbres figurent encore dans les livres d'histoire : Bodhidharma, Huineng, Shenhui, Hongren ou Daoxin. Certains firent couler beaucoup d'encre par leurs tendances à se
mêler à la politique de la dynastie règnante, d'autres pour leurs enseignements, enfin nombreux sont ceux qui plus tard se trouvèrent être (sans le savoir) les maîtres à pensées des différentes
sectes Zen au Japon!
A partir de l'Empire du Milieu, dès la dynastie Tang, le courant Chan rayonna à travers l'Asie, du Vietnam aux royaumes de Corée, puis au Japon pour être traduit en "Zen".
L'une des nombreuses légendes entourant le Chan, attribue aussi à Bodhidharma la création d'un monastère sur le mont Song (une des cinq montagnes sacrées du Bouddhisme en Chine) depuis devenu
mondialement célèbre... Shaolin!
Il est vrai que l'on peut trouver des similitudes en certaines formes de Yoga et le Kung fu mais le Qigong est bien plus ancien en Chine et porte aussi des similitudes avec le Kung fu, hors le Chan
est lié au taoisme...), aussi vrai que le Bouddhisme de Shaolin est bien le Chan, mais cette histoire ne se développe qu'à partir du XIeme siècle en Chine et rien encore aujourd'hui ne
l'atteste.
L'enseignement du Chan :
Bodhidharma et ses successeurs pronèrent la médiatation (l'illumination intérieure), en opposition à la secte Jingtu (Terre Pure) qui souligne l'importance de la récitation du nom d'Amitabha et des
Soutra pour atteindre le Nirvana et le
Paradis Oriental de la Béatitude (Jingtu).
Le mouvement Chan, par cette utilisation primordiale de la méditation, devient le courant Bouddhiste le plus influancé par le Taoisme. C'est ainsi qu'il est souvent conçu par ailleurs, une
association des deux religions.
Plus tard, à l'époque Song, le Chan deviendra le syncrétisme du Bouddhisme, du Taoisme et du Néo-confucianisme. Encore aujourd'hui, des philosophes de l'époque moderne chinoise considèrent le Chan
comme un mouvement à la fois social et religion, une philosophie individuelle de la Vie.

T
emple de Shaolin sur le Mont
Song, Henan, Chine.
Photo généreusement prêtée par Chine Photo.
L'expension du Chan :
S'il est une secte Bouddhiste plus développée que toutes autres en Chine, il s'agit bien du Chan. Pour expliqué cela, il existe plusieurs facteurs.
La première cause de la réussite du Chan est son opposition totale à l'enseignement des écoles intellectuelles du Bouddhisme chinois, Tiantai et Huayan. Ces deux sectes pronaient entre autre
l'étude poussée des textes religieux.
Face à cet "intelectualisme", nombreux furent ceux qui se tournèrent vers le Chan pour son dépouillement, sa simplicité, comme vers un idéale de la religion bouddhiste.
Le Chan se répendit ainsi, convertissant religieux et laïcs à son mode de vision du Bouddhisme sans forcément faire d'efforts, par adhésion spontanée!
La deuxième cause est moins joyeuse. Au IXe siècle, un mouvement de folie remua l'Empire du Milieu. Son point de départ eu pour lieu Chang'An (la capitale = Xi'an). L'empereur Wuzong des Tang
instaura entre 845 et 846 une répression contre temples et monastères bouddhistes à travers son empire. Plus de 45 000 lieux de culte bouddhistes furent fermés et les religieux rendus de force à la
vie civile...
Dans cette répression, les monastères les moins touchés furent les plus reculés et isolés, ceux qui étaient les moins peuplés, les plus petits... les monastères Chan et Jingtu.
Ainsi quelques années plus tard quand on voulut rouvrir des lieux de culte, ce fut entre autre la secte Chan qui se répendit.
Le Chan aujourd'hui en Chine :
L'école Chan est la première forme de Bouddhisme en Chine aujourd'hui.
Le gouvernement de Pékin reconnait qu'il est presque impossible de savoir le nombre exacte de ses adeptes, mais qu'il compte au moins 5 000 temples sur tout le territoire et quelques 40 000 moines
et nonnes.
Par comparaison, les deux autres grands mouvements du Bouddhisme en Chine :
-le "Boudhisme Pali", rattaché au petit véhicule (école Hinayana) avec un millieu de temples, 8 000 moines et nonnes et 1,5 million d'adeptes. Il s'agit du Bouddhisme de la communauté Dai (minorité
ethnique du Yunnan) entre autre.
-le Bouddhisme tibétain (ou Bouddhisme Tantrique) qui est pratique par environ 7 millions de personnes, avec 3000 tempes et monastères et 120 000 moines et nonnes.
Les "écoles" du Chan :
Fidèle au Taoisme pour cela, le Chan enseigne à chacun de prendre dans les paroles de son maître ce dont il a besoin. Il est donc facile de comprendre que de chaque maître pouvait naître autant de
variante du Chan qu'il avait eu de disciples!
Heureusement le Chan ne compte pas 500 millions de versions, mais tout de même de nombreuses écoles à travers la Chine, la Corée (ou il est appelé "Son") et le Japon.
Huineng et Shenxiu furent les deux premiers à s'opposer et fonder deux courants différents, une école du Sud et une école du Nord.
L'école de Shenxiu pronait l'obtention de l'illumination par une étude graduelle des textes et de l'exercice de la méditation, alors que celle de Huineng favorisait le Subistisme, l'illumination
subite par la méditation. L'école de Huineng connue une longue histoire, initialisée par le disciple de Huineng, Shenhui.
On doit aussi à Huineng le
Sutra du Diamant, texte primordial de l'école Chan du Sud.
L'école Chan du Nord périclita et disparue...
On connait aussi les écoles de :
-Linji (Zen Rinzai au Japon)
-Caodong (Zen Soto)
-Obaku-shu (école Zen fondée par un moine Linji au Japon, au XVIIe siècle)
-Ummon Daishi (école Zen japonaise fondée au IXe siècle)
NB :
Cet article ne se veut en aucune façon exhaustif, ni parfait. Si vous trouvez au hasard de sa lecture une erreur ou un détail à ajouter, h'hésitez pas à laisser un commentaire.
Sources :
-Encyclopédia Universalis,
le Bouddhisme par Jacques Gernet.
-
Images du Silence, pensée et art chinois, l'Harmattan, 1999.
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Bouddhisme en Chine
Wikipédia :
Chan,
Jingtu,
Huineng
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