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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 13:58
The Lovers (梁祝) est un célèbre film de Tsui Hark (Histoire de Fantômes chinois, Le Syndicat du Crime 3, The Blade, Seven Swords...), réalisateur et producteur Hongkongais, ayant fait vivement parlé de lui dans le monde chinois autour de 1994.

Peut-être moins connu en Occident, cette oeuvre n'en reste pas moins un chef d'oeuvre à voir absolument!

L'histoire n'a rien de neuve, du moins pour celles et ceux qui connaissent les légendes chinoises, puisqu'elle se raconte de parents à enfants depuis des siècles dans l'Empire du Milieu. Il s'agit de l'histoire des Amants Papillons, ceux que l'on appelle souvent à tord les "Roméo et Juliette chinois".
La légende de Liang Shanbo et Zhu Yingtai est connue au moins depuis le 9eme siècle en Chine de façon écrite, et donc bien antérieure aux amants de Vérone. Elle rapporte l'histoire d'amour impossible entre deux jeunes gens de conditions sociales opposées, deux êtres qui n'auraient jamais du se croiser. Mais par le sujet du mariage arrangé, elle est aussi l'image de la Chine classique s'opposant à l'esprit moderne d'une jeunesse en quête d'émancipation.


Résumé du film :
Zhu Yingtai est la fille unique d'une riche famille de la capitale, passant la plus part de son temps à se comporter en garçon manqué.
Désespérée par son manque d'éducation, sa mère décide de l'envoyer étudier trois ans dans un collège, comme elle le fit plus jeune. Seulement en Chine ce type de lieu est réservé aux hommes, et  pour passer inaperçue, Yingtai va devoir se travestir et mentir...
Au collège, les rares personnes connaissant son secret restent ses deux serviteurs et la directrice, une amie de sa mère. Dès le premier soir elle fait la connaissance d'un de ses camarades d'étude, Liang Shanbo, qui passe ses nuits à étudier dans la bibliothèque où Zhu vient d'établir sa chambre.
Lors du premier cours, alors qu'elle demande au professeur où s'assoire dans la classe, Zhu Yingtai va soudainement comprendre toute la différence sociale qui se trouve entre elle et Liang. Il n'en reste pas moins qu'elle le trouve drôle, sympathique et cherche constament son contact pour discuter...
Alors va naître une troublante relation entre le riche élève doué en rien et le pauvre étudiant talentueux. Cela permettra à Yingtai de faire entrer quelques brides de culture confucéenne dans son crâne.
Seulement quand leur amitié s'épanouie, vient déjà l'heure de rentrer. Rappellée par sa famille pour épouser le fils d'une riche famille, Yingtai prend soudainement conscience qu'elle en aime un autre...


Critique :

Qui connaît un minimum l'oeuvre cinématographique de Tsui Hark sait que ce bougre d'homme est aussi doué pour tourner des films sensationnels que des bides... Génie de la caméra et du scénario, il est certainement l'un des grands noms de Hong Kong comptant autant de flops à son box-office!
Il s'agit bien entendu ici d'une réussite, douce, enivrante, puis acidulée et soudainement amère quand vient l'heure de la fin... Pour finalement se conclure sur une poésie délicate comme les ailes d'un papillon.

Se permettant de réécrire le conte archi-célèbre dans toute la Chine et s'inspirant fortement de ses prédécesseurs et maîtres (comme The Love Etern, film culte de la Shaw Brothers en 1963 sur le même sujet), Tsui Hark nous propose une nouvelle version entre antique et modernité, empreinte d'un jeu sur l'homosexualité, sur la liberté féminine inexistante dans la Chine ancienne et le drame d'un amour impossible dans un monde trop régit par les classiques.

Images et symboles :
les caractèriques des personnages principaux deviennent ceux du Monde qu'ils habitent. Le linge dont Zhu se ceint la poitrine chaque jour pour devenir un homme l'étouffe comme le carcan que la société confucéenne qui oppresse les femmes chinois, de même que la condition sociale inférieure de Liang ajoute à l'image de la condition sociale féminine normalement inférieure à celle d'un homme, autrefois.
Ici, Zhu étant un homme en apparence, elle passe au dessus de Liang, mais normalement ne serait pas considérée comme son égale.


Mise en Abîme et entorses :

Par l'histoire de la mère de Zhu, Tsui Hark joue de la mise en abîme pour nous suggérer la fin potentielle de l'histoire des deux jeunes étudiants. La mère de Zhu Yingtai devient le modèle à ne pas suivre pour la jeune fille, alors que son ancien amant devient l'ami et le guide de Liang, jusqu'au dernier instant.

Grosse entorse à l'histoire, il s'agit d'un élément qui a fait coulé de l'encre dans la presse chinoise au moment de la sortie du film durant l'été 1994. Si l'amour de Liang et Zhu est passé à la postérité de plus de 2000 ans d'histoire confucéenne, s'est bien parce qu'elle est restée chaste et pure...
Hors Tsui Hark joue ici la carte de la modernité en présentant une scène d'adieu passionnée entre les deux étudiants, un baiser qui souleva de vives protestations et interdit le film au moins de 16 à sa sortie à Hong Kong. Qui a dit que Hong Kong était moins prude que les américains?


Poésie sur un air nouveau :
Mais les entorses de Tsui Hark à l'histoire originales sont d'autant plus pardonnées par la magie poétique des dernières minutes du film, là où le titre généralement donné à cette histoire (les amants papillons) prend tout son sens : la libération des âmes humaines torturées de Liang et Zhu sous la forme de papillons libérés d'une feuille de papier, deux âmes humaines affranchies de leur chrysalide de chair.


Son et lumière :
Pour conclure cette critique, je ne saurai oublié la magie de la musique qui se joint du début à la fin aux images d'une lumière vivante et envoutante. Cette musique ne fut pas composée pour le film, mais par deux étudiants du conservatoire de Shanghai en 1959 : He Zhanhao et Chen Gang. Depuis lors, le concerto pour violon Liang Zhu (en fait  concerto pour Erhu, sorte de violon chinois archaïque au son aigrelet) en Chine d'un des morceaux de musique moderne les plus célèbres et leurs plus écoutés!
Pour accompagner son chef d'oeuvre Tsui Hark le fait adapté au Gu Qin, l'instrument de prédilection des lettrés et le concerto prend tout son sens quand Liang le joue en pensant passionnément à son jeune camarade.

Au final ce film est une oeuvre multifacettes à voir et revoir, savourer comme une pâtisserie fine aux nombreux épices et trésors, révélant un énième secret à chaque dégustation. Classé entre les oeuvres "Gay Friendly" (car l'histoire fut souvent jouée à l'opéra chinois par deux hommes avant que la scène ne soit ouverte aux femmes, voir par deux femmes dans The Lover Etern en 1963) courant qui effectivement secoua Hong Kong dans les années 90 avec Leslie Cheung en figure de proue du mouvement homosexuel cinématographique (Happy Together en 1997), les "Gender Bender" (mélange de genres) et les oeuvres modernes et progressistes, souvent critiqué pour la scène "osée" du baiser entre Liang et Zhu, The Lovers est avant tout un film qui mérite surtout une place au panthéon du cinéma de Hong Kong!


Fiche d'identité :
Titres : Liang Zhu (梁祝)/ The Lovers / Leung Chuk / Butterfly Lovers
Réalisateur : Tsui Hark (徐克)
Acteurs : Charlie Young (Seven Swords), Nicky Wu, Carrie Ng, ...
Scénario : Tsui Hark, Hui Sa-Long, Sharon Hui.
Production : Tsui Hark, Film Workshop.
Année de production : 1994
Pays de production : Hong Kong
Langue : Cantonais
DVD français : HK vidéo, 2005.

Article lié : Romance d'outre-tombe


Bon film et Have fun!

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Published by Chen Jie - dans Cinéma chinois
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commentaires

mengs 30/11/2008 21:57

ce film a l'air passionnant, je vais me procurer le dvd pour Noël. Merci pour cette découverte.

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