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21 février 2007 3 21 /02 /février /2007 20:21

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Qu’est-ce que les Hutong me demanderont certains…
Pour faire simple et concis, les Hutong sont les ruelles de Nord de la Chine. Ils sont surtout une particularité topographique pékinoise, un entrelacs de petites venelles tordues où, sans guide, il est aisé de se perdre.

Les hutong 胡同 de Pékin ont une origine historique. Ils datent, pour les plus anciens, de la dynastie mongole des Yuan (1271-1368).
Le site fut bien sûr occupé avant par des dynasties étrangères comme les Liao
遼朝 (907-1125), aussi connue sous le nom de Khitan et grande dynastie mandchoue, ou les Jin (1115-1234), autre dynastie de Mandchourie qui renversa la première, mais c’est à Kubilaï que l’on doit son rayonnement internationale.

Les Hutong sont, étymologiquement parlant, originaires de la langue mongole. Hutong, aussi dit Hohhot en Mongolie intérieure toujours actuellement, signifie anciennement « points d’eau ». Le nom, donné aux ruelles, signifie tout simplement ce qui était le plus important pour un peuple nomade comme les mongoles : de l’eau pour leurs troupeaux et les caravanes de chameaux qui arrivaient jusqu’à la grande Dadu (capitale de l’empire mongole).
L’extension, et un peu de sinisation dessus, du terme a ainsi nommé ces petites ruelles.

Il faut surtout avoir en tête que la région de Pékin est plate, avec au Nord-Est les Yanshan, au Nord-Ouest le plateau mongole et à l’Ouest les Taishan. La zone est une grande plaine, mais malheureusement assez peu arrosée et le sol reste sec et poussiéreux. Un système de ruelles entrelacées devient donc une chose utile quand on connait le vent froid qu’il peut souffler en hiver sur la région, venant droit de Mongolie ou encore le vent de sable qui rend l’air irrespirable au printemps.

Cette raison climatique et géographique, ajoutée à des vieilles croyances de mauvais œil et autres démons, fait que la construction des Hutong n’a pas changé jusqu’à l’entrée de la Chine dans la course à la modernité de ces dernières années…

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Au delà d’un entrelacs de venelles, les Hutong protègent, encore assez peu aujourd’hui, ou protégeaient autrefois la vie de ces gens du Nord dans leurs Siheyuan 四合院.
Le siheyuan n’est autre que la maison traditionnelle chinoise. Elle se répartie en carré, unique pour les gens aux moyens réduits, multiples pour les plus riches.
Organisé au tour d’un jardin, 4 (le chiffre se dit « si » en chinois) bâtiments d’un seul étage sont répartis sur chaque côté de cette coure. Cette forme de construction se retrouve aussi dans certains petits appartements personnels de la Cité Interdite. Pourquoi un seul étage ? Parce que le toit le plus haut de la ville, plate comme une galette bretonne, devait être celui du palais impérial, plus exactement le toit de la salle du trône. Ainsi, les maisons ne dépassent généralement pas un seul étage, dans les siheyuan des hutong, et, exceptionnellement, dans les rues commerçantes les maisons d’artisans pouvaient atteindre un second étage… (exemple de Luilichang)
La plus part des hutong de Pékin, aujourd’hui encore, sont ainsi constitués. Chaque pavillon, ou bâtiment, est de nos jours habité par une famille entière. Ainsi, ces vieilles demeurent, sans toilette moderne, sans espace, deviennent les logements de 4 à 10 familles.
Pour autant, cette promiscuité ne dérange pas plus que ça les pékinois, qui attendent souvent que le caractère chai
(démolir, démonter) se trouve peint par les agents municipaux sur la façade de l’antique demeure. C’est seulement dans ce cas qu’ils partent pour un logement plus moderne dans les grandes tours de béton, qui se construisent aux quatre coins de la capitale.

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Pourquoi, demanderont certains. Pour une chose que, dans nos quartiers citadins, nous avons souvent oublier et qui se perd aussi dans les habitations modernes de Pékin… La convivialité. La première chose qui vient à la bouche d’un chinois quand on lui demande pourquoi il ne veut pas quitter son hutong vermoulu, c’est l’esprit de famille !
Il ne faut pas croire que la plus part vivent ici par faute de moyens. Bien au contraire, c’est un choix, le choix de la vie communautaire, de l’entraide, du soutient de tous, d’une vie de famille étendue.
Si vous observez un peu les habitants, entrant et sortant de ces ruelles poussiéreuses et parfois, malheureusement, nauséabondes, tous ne seront pas forcément pauvrement vêtus. Il y a de tout, il faut aussi le reconnaître.
J’ai vécu à proximité de ces petites habitations, sans toilette et sans salle de bain privée pour certaines, pendant plus de 6 mois et j’ai vu tout type de gens y vivre, du pékinois amoureux de ce mode de vie jusqu’à la petite vendeuse de boutique, nouvellement arrivée à la capitale, qui survit dans à peine 5 m² avec son maigre salaire. Mais dans tout les cas, il existe toujours un sanitaire municipale à proximité, comme nos bains-douches, ouverts gratuitement et plus ou moins bien entretenus par les habitants.
L’habit ne fait pas le moine dit-on chez nous, le hutong ne fait pas le pauvre peut-on dire à Pékin. La façade à la grise mine n’est souvent pas un signe de pauvreté intérieure, on peut avoir la surprise, en ouvrant la porte, de tomber sur un foyer propret et cossu. Et certains vieux quartiers (du centre historique), très bien restaurés, sont devenus des demeures pour riches chinois influents, à proximités des ministères, du Gouvernement, du Pouvoir...

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Par ailleurs, ces derniers sont, depuis quelques années, l’attrait phare du tourisme de Pékin. Et pour présenter les hutong, on pourrait aussi les définir comme : lieux où se ruent des hordes touristes armés d’un appareil photo… Et oui, cherchez « hutong » sur Google ne vous donnera que l’embarra du choix, voir même trop de choix pour trouver vraiment une information digne de ce nom. Tout le monde y va, tout le monde les photographies… toujours les même. Il faut dire qu’elles sont belles ses portes (car c’est tout ce que l’on voit !!), rouge vif, rouge Chine.
Mais s’y promener devient aujourd’hui le parcours du combattant pour éviter les cyclopousses qui vous harcèlent et les groupes de touristes qui pépient comme des moineaux affamés… Et non, je ne suis pas cynique, juste très réaliste. Croiser un chinois dans certaines allées devient aussi rare qu’un musée ouvert au delà de 17h à Pékin…

Pour revenir aux hutong en général, ils sont rarement très larges, tout juste pour laisser la place à une charrette de passer, voir dans certain cas à peine à un cavalier. La moyenne est située entre 4 mètres et quelques décimètres. Comme nos vieilles ruelles moyenâgeuses, ces accès étaient souvent tracés au petit bonheur la joie entre des habitations déjà existantes…
Leurs noms sont souvent très évocateurs. On trouve encore le hutong de la purée d'haricot rouge, du chameau, du marché aux chevaux et aux mules, du camp musulman, de la queue du chien, de la queue du cheval, de la queue de chèvre, de la queue de cochon... Ces noms indiquent l'histoire du lieu ou encore la topologie de la venelle. Certains restent pourtant inexpliqués, ou avec trop de probables raisons, comme la ruelle des grandes oreilles, celle de la fourche occidentale, de la griffe de poulet...

 

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Dans la catégorie « traditions chinoises » je vous parlerai bientôt de l’architecture classique d’un siheyuan, vous expliquant ainsi la raison de cette porte rouge, que l’on peut admirer dans les hutong, de sa poutre transversale au sol, du mur écran situé derrière chez certains, de la raison de doubles sentences encadrant l’huis ainsi que du caractère du bonheur... Et j’en passe !!

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Published by Chen Jie - dans Pékin
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commentaires

annie buche 05/10/2008 10:56

Depuis une semaine à Pékin c'est la première fois que j'arrive à aller sur les blogs amis.....c'est mon premier séjour à Pékin, j' y suis seule et j'apprends à vivre ici.
J'aborde ce pays sans à priori , j'essaie de ressentir les êtres qui vivent dans cette ville et de partger des instants avec eux....Ces hommes et ses femmes me donnent beaucoup, me font beaucoup de bien en m'obligeant à décentrer mon regard. C'est décapant.
Je suis heureuse de pouvoir accéder à ton blog y retrouver mes passages et enrichir mes connaissances.
Tes informations sont tellement précises .Merci. Je pense à ta pagode....je suis entrain d'apprendre à circuler avec le métro....;je suis très lente et n'est aucun souci de rentabilité, je vis au rythme de mes possibilités. A bientôt chère Chen Jie

Chen Jie 05/10/2008 19:30


Merci de ton petit passage!! :0010:


SB 26/08/2007 01:27

Les hutongs disparaitrons avec....les jeux olympiques ! J'ai voyagé à Beijing, et j'ai vu les preparations ! L'esclavage existe encore... malgré tout, ce fut l'un de mes plus beaux voyages avec un peuple detonnant, simple, discret et accueillant ! Tres jolie blog ! SB te felicite !

Chen Jie 26/08/2007 14:18

Non, ils ne disparaitrons pas tous... ils en gardent, certains sont même trop propres pour être vrais... pour les touristes! ^__-

Kitty 23/02/2007 21:51

C’est la 2e fois que j’écris ce commentaire, il y a eu un bug avant !! Je dois tout re-écrire grrrr….
 


 

Je suis impressionnées par ton article, en le lisant j’avais l’impression de marcher à travers ces fameux 胡同. J’apprécie beaucoup le passage qui parle des personnes qui y restent par envie et non par nécessité. On n’en parle pas assez souvent. Néanmoins au risque de faire comme beaucoup de gens, je regrette la manière comment ces expulsions sont parfois organisées. L’indemnisation et le relogement ne se fait pas toujours dans les meilleures conditions, certains ne perçoivent qu’une indemnité très modeste en comparaison aux prix effectifs dans le marché immobilier. J’ai pu voir de nombreux cas où les familles sont presque abandonnées par un pouvoir trop soucieux de rattraper le « retard » économique et qui ne voit la population que comme une masse. La frénésie des JO n’arrange guère les choses.
 


 

Au-delà des problèmes sociaux engendrés par  ces expulsions et démolitions, je trouve aussi qu’il est fort regrettable de détruire des bâtiments qui font parties de l’histoire et de la culture chinoise et pékinoise. La majorité des胡同qui sont conservés et montrés  aux touristes aujourd’hui  ressemblent pour moi à des bâtiments de Walt Disney ou autre parcs d’attraction, où tu prends des photos sans âmes qui se ressemblent toutes.
 

Depuis quelques années en voyageant, je m’imaginais un monde où où que tu ailles, tu vois les mêmes grattes ciels, les mêmes panneaux publicitaires, les mêmes avenues, les mêmes boutiques, etc etc etc. Un vrai cauchemar.
 

J’aime voyager pour découvrir et apprendre des autres cultures, pour apprécier les spécificités de chaque pays, et non pour me retrouver dans la même rue à deux pas de chez moi.
 


 

La mondialisation est une belle chose mais il faut qu’elle tende à faciliter les échanges culturelles et non à démolir les cultures minoritaires et imposer une culture dominante.
 


 

Merci pour ton article Chen Jie…et fais nous encore voyager ! ^_^
 


 

(PS : Je serai ravie d’avoir mon site parmis tes liens, j’en ferai de même, tes articles m’intéressent beaucoup aussi J )  
 

Chen Jie 24/02/2007 00:11

Arf... les bugs ça me connait aussi -__- vive le copier-coller (ctrl+C et ctrl+V puis qu'ici le clic droit n'est pas valable... par sécurité...)Les expulsions, et j'en ai vu justement, sont effectivement assez... eeuh... barbares... bien qu'ils sont tout de même au moins prévenus 2 à 3 mois avant (c'est beau pour la Chine... parce que s'ils pouvaient, ils le feraient du jour au lendemain!!). Mais ils faut aussi signaler que ceux qui sont détruits, dans l'ensemble, ne sont pas les plus anciens ni les plus rutilants!!Je suis passée, avec mes parents que je guidais dans Pékin, par des coins où mes parents ont tout de même tiré du coup pour me suivre. Il fallut leur promettre et leur montrer la belle pagode qui se cachait derrière!^^ Certaines habitations dans le lot était très bien tenues (confirmé par une porte qui c'est ouverte sur notre passage pour laisser entrer un jeune homme qui rentrait chez lui...) d'autres étaient bien moins accueillantes...Pour ce qui est des familles abandonnées par le pouvoir... c'est comme partout, qu'importe que le chat soit noir ou blanc... il rapporte les souris!!! ça veut bien dire ce que ça veut dire, capitaliste, communiste... même combat :  le friiiicc!!! Car on oublie aussi une chose, les hutong mis par terre, c'est pas pour reconstruire à l'endroit même des barres d'immeubles... naaannn!!! faut pas rêver!! le centre ville c'est trop précieux! alors on en fait des building à la gloire du monde moderne et de l'économie de marché!!Pour autant, je reconnais aussi que malheureusement les chinois, dans l'ensemble, ne savent pas entretenir et mettre en valeur, rénover, retaper leurs demeures. Même quand ils sont en appartements, propriétaires ou pas, il faut qu'ils salissent tout et nettoient le moins possible... C'est un grand tord car justement au bout qu'un certain temps les cafards courent partout et l'état hygiénique oblige à détruire!!Bon, il y a aussi que Pékin se peuple de plus en plus... que la zone est plate comme une planche à pain mais qu'il faut prévoir le manque de place... alors on fait contre mauvaise fortune bon coeur et  on s'habitue à la monotonie des immeubles sans distinction... Mais il ne faut pas pour autant s'imaginer les habitations des hutong très colorés...Et ceux qui restent ne ressemblent pas encore à Disneyland... ils leur manquent la propreté léchée des américains!! lolCeux qui pour le moment ressemblent à du Disney land (en gris... car en Chine on construit... en gris -__- c d'un monotone, d'un terne...), c'est les quartiers "à l'ancienne" que j'ai vu en construction à Xi'an. Dans un prochain article sur Xi'an, je posterai une vue justement! C'est Disney World en gris...bon, serait temps que j'aille dormir je crois!^^

HAYS 22/02/2007 12:02

peut mieux faire  mais c'est quand même très bien 
 
vérifier les tournures des phrases

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