Pour sortir un peu des sentiers battus en ces lieux, pour nous éloigner de la J-pop et du rock japonais, je vous propose un peu de douceur dans notre monde de brutes.

Un peu d'histoire : Le Japon traditionnel possède de nombreux styles musicaux, que l'on peut classer en trois genres principaux : religieux, populaires ou courtois. Les musiques au cadre religieux sont pour les bouddhistes, les shinto, les bouddhistes zen. Les musiques courtoises étaient réservées au cadre de la vie raffinée de la cour impériale de Kyoto, à la culture de l'esprit et des sens des nobles mais aussi des riches japonais s'adonnant aux plaisirs des grands. Quand à ce qui l'on qualifie de "populaire" en tout et en tout lieu se trouve souvent être un assemblage hétéroclyte.
Dans les musiques de cours, le
Koto (ou goto) est un instrument noble qui possède une place primordiale. Originaire de Chine, certainement arrivée au Japon à l'époque Nara (710-784) de l'ère Asuka (époque de grandes influances sino-coréennes pour le Japon, entre autre par l'arrivée du Bouddhisme), cette cithare ( deviendra vite l'instrument privilégié des dames de la cour, puis des jeunes filles de bonnes familles, même dans la bourgeoisie.
Mais c'est sous l'ère Edo (1600-1868) que le
Jiuta fait son apparition. Il s'agit d'un chant (essentiellement féminin) qui accompagne le son aigrelet de la cithare japonaise. Deux écoles l'ont développé et porté à la consécration : l'école Yamada et l'école Ikuta.
Qu'est-ce qu'un Koto : Si vous aimez la musique traditionnelle asiatique, que vous parcourez les articles de ce blog, vous connaissez certainement l'ancètre du
Koto. Il s'agit du
Guqin. Cette cithare est l'un des plus anciens instruments chinois connus. Sa grande soeur, au son plus complexe et souvent utilisée dans les orchestres traditionnels chinois, se nomme Guzheng.
Tout comme le Guzheng, le Koto possède une caisse de raisonnance bombée et des cordes montées sur chevalets mobiles. Mais à la différence, il ne compte que 13 cordes (contre 26 pour le Guzheng).
La main droite de l'artiste, plus exactement son pouce, index et majeur, apporte le son en gratant les cordes d'un "tsume", lamelle d'ivoire montée sur une bague. La main gauche sert à appuyer les cordes, à gauche des chevalets, pour obtenir des variations de hauteur dans les sons. Depuis la fin du 19eme siècle la main gauche peut aussi servir à pincer les cordes directement avec les doigts pour obtenir des trémolos notamment.
Si le Guqin peut facilement s'emporter en voyage, le Koto est à l'échelle du Guzheng, c'est un instrument fragile (caisse de raisonnance) et volumineux (en moyenne 1,90 m de long, pour quelques 25 cm de larges). Mais fidèle a ses origines, il se joue principalement seul ou accompagné de quelques autres instruments à corde ou à vent, comme le Guqin.
A travers l'Asie on retrouve quelques instruments de la même famille :
-en Corée, le Kayageum
-en Mongolie, le Jatag
-au Vietnam, le dàn tranh.
Pour les curieux, voici comment on accorde un koto, ainsi que le shéma de position d'un joueur de koto :
la voie du Koto Musique pour la pluie : 
Pour retrouver ce son si classique au monde japonais, accompagné d'un chant languissant, je vous conseille l'album "Japon : Chants courtois", interprété Etsuko Chida, collection Musique du Monde, chez BUDA Records (Universal).
Etsuko Chida est issue de l'école Yamada. Originaire de Hokkaido (Nord du Japon), elle a suivi depuis l'âge de 5 ans l'enseignement de trois grandes dames de l'école Yamada.
L'art du Kodo et du Jiuta étant très codifiés, elle a reçu à l'issu de cet enseignement le droit de porter un "natori", nom d'artiste professionnel propre à son art. On peut donc aussi croiser son oeuvre sous le nom de Toyochi Eka.
Les chants de ce disque sont chantés depuis plus de 1000 ans, d'autres plus récents sont datés de l'ère Meiji (fin du 19eme, début du 20eme).
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Pour vous offrir un aperçu auditif de cet album, je vous propose "
Yugao", dernier moreau interprété par Madame Chida sur ce cd. Le chant est un extrait du "
Dit du Genji", célèbre récit que la dame Murasaki Shikibu écrivit entre 1015 et 1020 de notre ère.
Mon avis : convient parfaitement à une journée morose et pluvieuse d'automne européen ou à l'air moite et lourd des longues journées d'été d'Asie... Un son mélancolique et reposant, pour autant pas déprimant!
Bonne musique et Have fun!